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octobre 2014

Cahier de Cinéma. Chronique des fous.2012.04

par l’ | Actualité | Pas de commentaire

En liens sur cette page, tous les documents cités dans le texte de l’audit, et plus encore : l’étude sur les retombées touristiques des tournages en PACA, des publications de différentes régions sur les systèmes d’aides…

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Cahier de Cinéma. Chronique des fous.2012.04

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En ces temps incertains

En ces temps incertains, nous, auteurs-réalisateurs du Sud Est, nous sommes réunis pour faire notre bilan de la création audiovisuelle en région PACA et avons commencé à rencontrer d’autres acteurs de la région (producteurs, distributeurs, diffuseurs) pour discuter ensemble de la situation présente et à venir. A ce jour, quelque soit notre position dans la chaine de fabrication des films, nous constatons la dégradation accélérée des manières de produire, partager et diffuser des films, symptômes d’une marchandisation accélérée des «œuvres de l’esprit», et cherchons des solutions collectives, voir interdisciplinaires, à cet état de fait que nous refusons d’accepter. Nous observons encore que la dégradation de nos activités semble commune à celle de la majorité des acteurs de la création confrontés à une perte du symbolique. C’est dans cet esprit de rassemblement que nous souhaitons, de part nos expériences plurielles, échanger afin de mener à bien une réflexion capable de nous renforcer mutuellement pour agir.

Constatant :

– Que les films d’auteur n’entrant pas dans les cases prédéfinies de la durée, du sujet ou du genre (comédie, policier…) et de la forme sont de plus en plus relégués à la marge aussi bien à la télé qu’au cinéma. (Quid de l’existence d’un laboratoire de recherche, également nécessaire à l’industrie pour se renouveler)
– Que les réalisateurs lorsqu’ils parviennent à faire exister leur projet dans ces espaces doivent se soumettre à des types de narration quasi imposés, en aval ou en amont de l’œuvre.
– Que de ce fait, nous assistons à une uniformisation et un appauvrissement de la création actuelle.
– Que l’accès en salle, pour le spectateur, à la diversité, voire à la totalité (ce qui devrait être l’objectif) de la production cinématographique est de plus en plus difficile (2 ou 3 films par semaine occupent 90% des écrans, les films n’ont pas le temps d’exister).
– Que l’accès de films « hors marché » aux salles et au public n’est quasiment plus possible depuis l’arrivée du numérique alors que cette technique devrait au contraire favoriser la diversité.
– Qu’un détournement s’opère dans l’orientation des fonds publics vers le soutien à l’industrie, sous couvert d’efficience économique, alors que ses missions sont celles de l’accompagnement à la création. Les films qui sont aidés sont ceux soutenus par les télés, qui on l’a déjà dit, financent de moins en moins la création. De nombreux films, séries, documentaires ou pseudo-documentaires bénéficient de ces aides sans avoir à justifier de répondre à cet enjeu de création.
– Que les films sont considérés toujours plus en région comme devant soutenir l’industrie du tourisme, et au niveau national ou international comme des produits de divertissement adaptés à des niches de « consommateurs ».
– La démission des politiques publiques et le désengagement de la mission de service publique des chaines de télévision. Ainsi France Télévision a pour mission de soutenir l’industrie de la création audiovisuelle et cinématographique et non plus la création en elle même. Elle intervient donc comme le soutien à un secteur de l’économie. (voir le site du CSA éducation et médias).
– Le déni pour la création et sa défense, au travers de glissements sémantiques, qui bien souvent contribuent à la perte de sens des objectifs initiaux qui avaient été fixés par les institutions dans le domaine de la création.
– Le mépris du public auquel on dénie le droit et la capacité à accéder à des œuvres créatives, poétiques, iconoclastes ou tout simplement hors des standards du marché.
– La précarisation d’une majorité de travailleurs de ce secteur qui a pour effet de réduire les champs de la recherche en matière de création.

Affirmant :

– Que nous rejetons clairement le modèle de société marchande que l’on nous propose, quelque part entre télévision formatée et grande surface. Nous appelons à sortir de ce carcan consommatoire afin de replacer la personne et le citoyen dans une attitude active de partage de lectures du monde grâce à des processus créatifs soutenus et accessibles.
– Que la création ne peut être assujettie au marché, proposant au spectateur le strapontin d’un statut de consommateur passif.
– Que nous faisons des films, sans volonté de s’enrichir, mais essentiellement pour contribuer à la richesse du monde et de ses habitants, dans la création et l’échange et que dans un tel contexte il apparaît urgent et nécessaire de faire exister des récits alternatifs du monde à ceux fournis par le marché et de les partager avec le public.
– Qu’il est urgent de sortir de l’entre soi et de diversifier les approches à ce même public, en se focalisant sur sa dépassivisation progressive.
– Qu’il faut redonner du sens au soutien public à la création. Repenser les conditions mêmes de l’exercice de la liberté de création face au poids de l’argent et à l’interventionnisme politique.
– Qu’il faut inventer une autre économie de la culture respectueuse des droits et du travail des créateurs, de la liberté de circulation des œuvres tout en refusant la soumission aux exigences de la reproduction du capital et penser ainsi une alternative à cette société de l’éphémère, du reproductible, du jetable, du rentable.
– Qu’il faut renforcer la légitimité de la place de l’art dans la société. Montrer que l’art est « ce moyen qu’a trouvé une femme ou un homme pour raconter à un(e) autre son rêve par lequel il révèle et constitue sa réalité intérieure » (Roland Gori, 2010) ou encore que c’est ce qui incite le spectateur ou le lecteur à reconfigurer son « partage du sensible » (Jacques Rancière, 2000) ou bien encore qu’il n’y a pas de société, ni d’activités humaines sans forme de symbolisation et de ritualisation, sans production mythique.
– Qu’il faut renouer avec l’ambition démocratique du partage des œuvres et des pratiques artistiques, d’une appropriation populaire de l’imaginaire et du symbolique par et pour la société toute entière.

Sans plus attendre des autorités de tutelles ou des politiques, nous avons décidé de nous organiser dès maintenant, et d’essayer de faire changer nous-mêmes cet état des lieux catastrophique. Par exemple, en promouvant ou inventant des lieux et des pratiques qui conviennent davantage à notre vision du monde et à la société dans laquelle nous désirons vivre, mais aussi en nous battant pour faire reconnaître l’importance, réelle comme symbolique, de ce pan de la création.

Plus largement, nous pensons que ce mouvement ne doit pas se limiter aux seules activités cinématographiques ou artistiques, mais concerne l’ensemble des activités humaines en ce sens qu’elles font appel en permanence à l’invention de formes nouvelles ou évolutives et ne sont pas destinées à rentrer dans des cases préétablies, destinées qui plus est à abonder un marché qui n’a d’autres préoccupations que lui-même et l’optimisation de ses profits au mépris de l’intérêt général et du bien commun.

C’est parce que nous prenons la mesure du désastre en cours que nous sommes optimistes : tout est à construire. Avant tout, nous voulons cesser de nous rejeter éternellement la faute les uns sur les autres et couper court à la résignation et au défaitisme ambiants. Nous lançons donc un appel à toutes celles et ceux qui se sentent concernés à se rencontrer, en vue d’échanger sur nos difficultés et nos besoins, nos envies, en vue de partager des réflexions, d’élaborer des groupes de travail ou de préparer des actions communes.*

L’AARSE

* Certains termes de cette adresse sont empruntés à « l’Appel des 451, pour la constitution d’un groupe d’action et de réflexions autour des métiers du livre » dont nous partageons globalement, les analyses.

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